mercredi 30 décembre 2015

Les aventures de Chatran / Le prince Nezha / L'enfant de la haute mer

Les aventures de Chatran

Je vous offre une présentation un peu différente aujourd'hui. Pour ceux qui l'ignorent, j'anime une émission de podcast (baladodiffusion / web radio) en direct tous les mardis à 20h, sur les ondes de CHOQ.ca depuis octobre 2014, en compagnie de mon acolyte Olivier Bigonesse. Chaque semaine, nous parlons de vieux films de genre oubliés, délaissés, étranges, surprenants; nous racontons des histoires de tournages qui ont mal viré, des anecdotes; nous parlons de la culture du VHS et ses trouvailles insolites. En décembre 2014, durant un épisode où nous recevions comme invité Marc Lamothe (Directeur du festival Fantasia de Montréal), j'ai parlé de la cruauté animale qui a eu lieu sur le tournage du film japonais "Les aventures de Chatran". Je vous offre ici ma chronique sur le sujet. Avec du recul, j'aurais présenté le film différemment, sans changer mes propos, mais nous débutions encore comme animateurs radio, je ne maîtrisais pas encore l'animation. Toutefois, l'information, elle, ne change pas, même si j'en ai appris beaucoup plus sur Ciné-Cadeau depuis. Si l'émission vous intéresse, vous trouverez nos archives à cette adresse, et nous serons de retour en ondes dès le 12 janvier 2016. Bonne écoute!



FICHE TECHNIQUE
Titre original: Koneko Monogatari
Titre alternatif: The adventures of Milo & Otis
Année: 1986
Première diffusion à Ciné-Cadeau: samedi 4 janvier 1992
Durée: 76 min.
Pays: Japon
Réalisateur: Masanori Hata
Scénario: Masanori Hata
Musique:
Ryuichi Sakamoto
Produit par :  Fuji Television Network
Synopsis: Les aventures et les péripéties de Chatran, un petit chaton perdu dans la forêt péruvienne.



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Le prince Nezha triomphe du roi dragon

Ce film marque l'éveil des studios d'animation de Shanghai après la révolution culturelle chinoise suite à la chute de la Bande des Quatre (quatre proches de Mao, dont son épouse, placés à des postes stratégiques de 1973 à 1976). Il a été réalisé en 1979 et met en vedette un des personnages les plus importants du folklore chinois, le Prince Nezha. Le métrage s'inspire d'une petite partie du fameux roman chinois "L'investiture des dieux" (Fengshen yanyi), datant de la dynastie Ming (XVIe-VXIIe siècle) et raconte l'histoire du prince, fils du général et chargé de protéger les hommes contre l'oppression. Il affronte ici le règne tyrannique des dragons des quatre océans qui sèment la terreur auprès de la population en enlevant des enfants et s’appropriant le territoire marin.

L'analogie avec les récentes défaites de la Bande des Quatre de Mao est évidente, le message politique est clair. C'est une histoire de rébellion face au despotes, dépeint ici par les dragons; et le film met par ailleurs en garde les futurs dirigeants des risques de corruption motivée par le pouvoir. Ça sonne un peu gros, mais je vous rassure, le scénario n'est pas lourd du tout. L'histoire se raconte toute en simplicité. On reconnait facilement ici le style traditionnel chinois, tel que vu chez d'autres productions des studios de Shanghai, comme "Le livre céleste" et "Le roi des singes", partagés précédemment sur le blogue.

Mais comme "Les Aventures de Chatran" et "L'enfant de la mer", "Le prince Nezha..." fait partie de ces films qui n'avaient peut-être pas leur place dans la programmation jeunesse de Ciné-Cadeau. Pourquoi, me demanderez-vous? Pour certaines scènes très dures et traumatisantes! Ce film marqua une génération entière de jeunes hypnotisés par la beauté et la richesse des films proposés à Ciné-Cadeau, et pour cause! Dans une des séquences, le prince Nezha, découragé par le manque de soutien venant de son père dans son combat contre la tyrannie des dragons, se suicide (littéralement) en se tranchant lui-même la gorge de son sabre magique. On peut même voir le sang qui coule sur la lame, pendant que les témoins hurlent et pleurent. Pas étonnant que ce soit un des films dont on m'a le plus parlé au sujet de Ciné-Cadeau! Ça en a dérangé plusieurs! Bien entendu, le message derrière ce geste aura beau être noble, il n'en est pas moins effrayant. Une légende raconte que suite à la première diffusion à Ciné-Cadeau, une série de plaintes ont forcé la Régie du cinéma à jeter un regard plus attentif à la programmation de Radio-Québec, mais comme il a été rediffusé l'année suivante, je doute fortement de la véracité de cette histoire. Néanmoins, si elle s'avère vraie, je comprends totalement leur motivation.

Quoi qu'il en soit, malgré cette troublante scène, "Le prince Nezha..." est le parfait exemple de l'insouciance occasionnelle de Radio-Québec dans sa sélection. Une insouciance qui nous aura fait découvrir des petits chefs d’œuvre d'animation que nous n'aurions probablement jamais eu la chance de voir, et pour ça, je considère qu'on leur doit une fière chandelle! Merci Radio-Québec pour ces traumas d'autrefois qui ont marqué au fer rouge nos temps des Fêtes télévisuels.
"Le prince Nezha..." a été projeté pour la première fois en France au Festival de Cannes en 1980 (où il a été présenté hors compétition) mais n’est pas sorti au cinéma avant 1989. On note à ce propos qu’il est ressorti discrètement en 2013. Entremps, il a été édité en VHS dans la collection "les films de ma vie" dirigée par le producteur Claude Berri et le réalisateur Jean-François Davy (à qui l’on doit également le label vidéo, aujourd’hui disparu, Fil à Film). Étrangement, il n'a pas été édité en DVD. A l'époque de sa sortie, le film représentait un certain renouveau de l'animation chinoise et c'était d’ailleurs le premier film animé local à avoir été tourné au format cinémascope. (Planète-Jeunesse)

En 1979, le film a aussi remporté le prix du meilleur film animé au festival du film de Huabiao en Chine et en 1980, il remporte le prix du meilleur film d'animation au Prix des Mille Fleurs, également en Chine. Sa première diffusion dans le cadre de Ciné-Cadeau fut le dimanche 5 janvier 1986, puis il fut ensuite rediffusé le mercredi 23 décembre 1987. Très étonnant qu'il ait eu droit à une rediffusion...


FICHE TECHNIQUE
Titre original: Nezha nao hai
Titre alternatif: Nezha conquers the dragon king
Année: 1979
Première diffusion à Ciné-Cadeau: dimanche 5 janvier 1986
Rediffusion à Ciné-Cadeau: mercredi 23 décembre 1987
Durée: 60 min. (105 min. en Chine)
Pays: Chine
Réalisateur:  Shuchen Wang, Jingda Xu, Ding Xian Yan
Scénario: Wang Wang
Musique:  Ivor Slaney
Produit par:
Shanghai Animation Film Studio
Synopsis: Un Génie offre à Nezha deux armes magiques : un cerceau symbolisant le ciel et la terre et une écharpe. Quand Nezha a 7 ans, il rencontre un féroce démon de la mer qui vole des garçons et des filles pour les offrir à son maître le Roi Dragon. C'est le début d'un affrontement mortel entre Nezha et le Roi Dragon.




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L'enfant de la haute mer

Un court métrage d'animation français réalisé en 1984 par Patrick Deniau, qui ne réalisa que 3 courts métrages dans sa carrière. "L'enfant de la haute mer" est inspiré du livre du même nom publié en 1928, et écrit par Jules Supervielle, puis repris en 1931 dans le recueil homonyme. L'histoire se résume comme ceci: Un marin rêve de sa petite fille disparue à l'âge de douze ans au cours d'un de ses voyages. Il y songe si intensément que son navire traverse la ville flottante, née de son imagination, que fait vivre solitaire cette « enfant de la haute mer ». MAIS MAIS MAIS... dans les yeux d'un enfant, ce qu'on retient du court métrage est à des kilomètres de ce synopsis. D'abord, le film est très abstrait, et ne contient aucun dialogue, laissant au spectateur l'opportunité d'y voir ce que ses sentiments lui dicteront. Je me souviens très bien de ma première fois. Ce que j'y ai vu avec mes yeux sans expérience, c'est l'histoire d'une petite fille, décédée et prisonnière de la ville fantôme noyée au centre de la mer, qui s'ennuie et qui tente d'attirer l'attention des navires qui, ne voyant pas le village englouti, la traversent comme si elle n'y était pas. La petite fille en a assez et tente de se suicider en se noyant, en sautant à la mer. Mais comme elle est déjà morte, elle ne fait que revenir au village... pour l'éternité...

Pour un enfant, c'est assez traumatisant, avouez-le! Tout est une question de perception. Je doute que ce film n'ait jamais été réalisé pour un jeune public. "L'enfant de la haute mer" est un autre très bon exemple de l'insouciance de la sélection de Radio-Québec. On est loin des Boule et Bill, Garfield et Charlie Brown! N'empêche, avec des yeux d'adulte, ce court métrage marquant est très beau, comme un rêve sombre caché dans la brume, poétique et mélancolique.

Sa seule diffusion connue est estimée au mardi 1er janvier 1991, après "Le prince et le pauvre", sinon le lendemain, le 2 janvier 1991, suivant "Astérix chez les Bretons" et un épisode de Boule et Bill. Mais qui sait ce que nos recherches nous permettront de découvrir...



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